Cartes blanches

Journée d'étude « Être chercheur.e sur le Moyen-Orient : mission impossible ? »

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Journée d’étude du CCMO, le 15 septembre 2022, 09h – 18h

Au Collège de France, 3 rue d’Ulm, Paris 5e. Également en ligne
(lien zoom transmis aux personnes inscrites à la rencontre)

 

Coordination scientifique : François Ceccaldi, Vincent Geisser et Marion Slitine

L’enquête de terrain constitue aujourd’hui le principal moyen d’accès des chercheuses et chercheurs en sciences sociales aux populations étudiées, aux sources orales et écrites et à l’observation directe des contextes locaux. De ce point de vue, plusieurs générations d’enseignant.e.s-chercheur.e.s, de doctorant.e.s et de postdoctorant.e.s sur le Moyen-Orient en ont fait l’expérience pour alimenter leurs travaux et leurs publications, se heurtant à toutes sortes de difficultés et d’obstacles à la fois communs à l’ensemble de la communauté scientifique mais aussi plus spécifiques du fait des situations de répression, d’occupation, de conflit ou d’instabilité. Aussi, les terrains moyen-orientaux ont-ils souvent constitué des lieux d’initiation privilégiés à l’enquête en contexte difficile, marquant durablement les esprits et les trajectoires universitaires, affectant les relations avec les populations locales et influençant substantiellement le contenu des productions scientifiques. Sans verser nécessairement dans une fétichisation de ces « terrains à haut risque » et à une héroïsation des chercheur.e.s en sciences sociales travaillant sur des sociétés sous surveillance, il s’agit d’interroger sur un mode réflexif les expériences d’enquête au Moyen-Orient, de prendre la mesure des évolutions actuelles marquées par des tendances de plus en plus répressives (censure, contrôle des activités scientifiques, arrestation, expulsion etc.) et d’esquisser des pistes prospectives pour les années à venir. La pratique de l’enquête sur les terrains moyen-orientaux est-elle menacée et devient-elle « mission impossible » ? Dans cette optique, le CCMO réunit dans le cadre d’un colloque international organisé au Collège de France, des enseignant.e.s-chercheur.e.s issu.e.s de différentes générations et appartenant à diverses disciplines (anthropologie, histoire, géographie, sociologie et science politique), qui ont tou.tes en commun la pratique de l’enquête de terrain comme mode principal de recueil des données et de production d’informations inédites sur et dans les sociétés du Moyen-Orient. Le programme se déroulera autour de restitutions d’expérience d’enquête, de communications sur des terrains en cours et d’échanges sur les perspectives futures dans des contextes sociopolitiques marqués par des logiques répressives et sécuritaires.

 

Programme

8h45-9h : Accueil des participant.e.s.

9h : Mot d’accueil de François Ceccaldi, président du CCMO

9h05 : Introduction d’Henry Laurens, Professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire d’histoire contemporaine du monde arabe.

9h15-9h45 : Keynote L’enquête de terrain entravée ici et là-bas ? Philippe Aldrin (Sciences Po Aix, MESOPOLHIS) et Pierre Fournier (Aix Marseille Université, MESPOLHIS)

 

9h45-10h30
Table-ronde n°1 Enquêter sous occupation

Si, d’une manière générale, les enquêtes en sciences sociales dans les zones de conflit contraignent les chercheur.e.s à prendre des précautions et à recourir à des dispositifs méthodologiques spécifiques afin de protéger leurs enquêtés, leurs données et leurs sources d’information, les contextes d’occupation ont tendance à amplifier les difficultés et les obstacles auxquels ils sont confrontés sur leur terrain. Cela décuple les procédures de contrôle et de surveillance et les expose au risque d’expulsion. Sans verser dans une posture héroïsante du chercheur.e, il s’agit de comprendre les effets de l’occupation sur le déroulement de l’enquête en sciences sociales et sur ses prolongements en termes de transmission du savoir et de publication.

Modération : Marion Slitine (EHESS-Centre Norbert Elias / MUCEM)

■ Jihane Sfeir (REPI, Université Libre de Bruxelles) ■ Sbeih Sbeih (Iremam) ■ Stéphanie Latte Abdallah (CERI, Sciences Po Paris) ■ Véronique Bontemps (Iris, CNRS)

 

 

10h30-11h30
Table-ronde n°2 Enquêter sur la Syrie, du Printemps de Damas à la guerre

Le régime syrien est souvent classé par les ONG de plaidoyer comme l’un des plus répressifs du monde, limitant de manière très stricte les libertés individuelles et collectives. Une telle situation explique sans doute la faible autonomie du champ scientifique, en général, et des sciences sociales, en particulier. Dans ce contexte autoritaire, les recherches historiques, anthropologiques et sociologiques sont soumises à des autorisations délivrées par les autorités sécuritaires : les mouvements des chercheur.e.s sur le territoire sont étroitement encadrés et l’accès aux populations d’enquête fortement limité, voire interdit dans certaines zones et pour certains groupes considérés comme « sensibles ».

Modération : Manon-Nour Tannous (Université de Reims, Collège de France)

■ Laura Ruiz de Elvira (IRD, CEPED, Paris) ■ Cécile Boëx (Césor, EHESS) ■ Yahia Hakoum (Sciences Po Paris) ■ Leïla Vignal (ENS)

 

11h15 : pause-café

 

11h30-12h15
Table-ronde n°3 Enquêter « chez soi »

Dans les récits et les analyses réflexives sur les enquêtes portant sur les sociétés du Moyen Orient, les auteur.e.s ont tendance à se limiter aux expériences vécues par des chercheur.e.s étrangers, le plus souvent occidentaux, oubliant que la majorité des investigations sont pourtant réalisées par des chercheur.e.s travaillant dans/sur leur société qui sont généralement confronté.e.s à une surveillance tous azimuts de la part des proches, des pairs, des tutelles, des pouvoirs publics et des autorités sécuritaires. « Enquêter chez soi » est rarement un long fleuve tranquille pour les universitaires qui choisissent de conduire des recherches en sciences sociales sur leur pays et leur région d’origine.

Modération : Assia Boutaleb (Paris 1 Panthéon Sorbonne, CESSP)

■ Choukri Hmed (IRISSO, Université Paris-Dauphine, GIS MOMM) ■ Dima Alsajdeya (Collège de France, Paris II Panthéon – Assas) ■ Aghiad Ghanem (IRISSO, Université Paris-Dauphine, IFEA)

 

12h15 : déjeuner

 

14h-15h
Table-ronde n°4 Enquêter sur des sujets sensibles : le cas de la justice

Au-delà de la dichotomie entre terrains autoritaires et terrains démocratiques, il s’agit de partager des expériences communes d’enquête dans des contextes moyen-orientaux et européens, en mettant en lumière les problèmes éthiques, épistémologiques et méthodologiques. De ce point de vue, les recherches sur les institutions sécuritaires, en général, et la justice, en particulier, est une entrée pertinente pour mieux saisir les enjeux de l’enquête en sciences sociales ici et là-bas, tout en évitant le double écueil du culturalisme et du relativisme.

Modération: Élise Massicard (CNRS/CERI Sciences Po)

■ Vanessa Codaccioni (Université de Paris 8) ■ Sümbül Kaya (IRSEM, Paris) ■ Emilio Dabed (Osgoode Hall Law School) ■ Éric Gobe (IREMAM, CNRS-AMU)

 

15h-16h
Table-ronde n°5 Enquêter sur les oppositions et les dissidences

Conduire des enquêtes sur les dissidences, les oppositions légales et illégales ou encore sur les ONG des droits humains dans les sociétés du Moyen-Orient est souvent considéré comme un exercice à haut risque en raison du caractère autoritaire des régimes et de l’omniprésence de leurs appareils sécuritaires. Les chercheur.e.s doivent constamment « faire avec la répression » à la fois pour espérer durer sur leurs terrains mais aussi pour protéger leurs enquêté.e.s. Toutefois, loin de se limiter à des situations d’enquête sous contrainte avec lesquelles il faut composer, les expériences d’investigation en contexte autoritaire contribuent également à objectiver les rapports de pouvoir et de domination qui se jouent au sein-même des sociétés étudiées.

Modération: Vincent Geisser (IREMAM, CNRS-AMU)

■ Laurent Bonnefoy (CERI, Sciences Po, Paris) ■ Yves Mirman (MESOPOLHIS) ■ Laurence Dufresne Aubertin (MESOPLHIS, IREMAM)

 

16h : Pause-café

 

16h15-17h15
Table-ronde n°6 Solidarités universitaires face à la répression des pairs

Si les chercheur.e.s en sciences sociales sont souvent confronté.e.s à la répression via leurs enquêté.e.s, ils-elles la subissent aussi, assimilé.e.s par les régimes autoritaires à des alliés objectifs de l’opposition, des « ennemis » de l’intérieur ou de l’extérieur, ou encore à des espions au service d’intérêts étrangers. Le processus de criminalisation des chercheur.e.s et universitaires s’est accentué ces dix dernières années dans les contextes autoritaires mais aussi dans les régimes démocratiques, où l’autonomie des enseignant.e.s-chercheur.e.s est de plus en plus remise en cause par les pouvoirs publics. Face à cette sécurisation du champ universitaire, les milieux de la recherche en sciences sociales s’organisent, développant des actions et des mobilisations en solidarité avec leurs collègues victimes de la répression.

Modération: Leïla Vignal (ENS)

■ Roland Marchal (CERI, Sciences Po Paris) ■ Laura Lohéac (Programme Pause, Collège de France)
■ Stéphane Lacroix (CERI, Sciences Po Paris)

17h15-18h Conclusions du colloque et animation du débat général

■ Ahmet Insel (éditeur, politiste et économiste, Université Galatasaray).

S’inscrire à la rencontre

À retrouver sur le site du CCMO

EHESS
CNRS

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